Faire taire l’Eglise ?
Les faits qui viennent de se dérouler au Sud-Kivu et qui situent désormais l’Eglise comme la principale cible des attaques terroristes amènent à conclure que les formes de violence pratiquées jusqu’ici cèdent la place à une forme de violence plus spécifique. Ainsi donc, après les vols en tous genres, les viols, les incendies de maisons, les assassinats individuels et les tueries collectives, les «femmes de brousse», c’est maintenant le tour du pillage des symboles de la présence de l’Eglise au sein de la société.
D’ailleurs, tout porte à croire que le fait de viser l’Eglise dans ses ressources tant humaines que matérielles n’est pas le fait du hasard, mais au contraire celui d’un projet planifié avec un objectif précis. Les victimes elles-mêmes n’ont pas tardé à déceler dans ces actes crapuleux non pas seulement une volonté de nuire, mais plus précisément celle d’empêcher l’Eglise de poursuivre, parallèlement à sa mission d’évangélisation, ses campagnes de moralisation de la société à travers la dénonciation systématique des maux qui la gangrènent.
Que de fois l’Eglise ne s’est-elle pas élevée contre les anti-valeurs, contre la paupérisation grandissante de la population, contre les soubassements économiques de la guerre qui a sévi à l’Est, contre toutes les formes d’exactions commises sur les populations ? Il va de soi que pour les FDLR comme pour les différents groupes qui eux tous vivent et survivent grâce à l’exploitation illicite des ressources minières, ces dénonciations répétées de l’Eglise dérangent. A cet égard, on ne peut s’empêcher de rappeler que «deux voix qui dérangent» ont déjà payé de leur vie leur courage à stigmatiser les forces du mal : Messeigneurs Munzihirwa et Kataliko.
En tout cas, pour la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), il ne fait aucun doute que la violence dirigée contre l’Eglise «revient à porter atteinte directement à la population», et cela dans la mesure où, selon l’archevêque de Bukavu François-Xavier Maroy, l’Eglise constitue l’«unique soutien à un peuple terrorisé, humilié, exploité et opprimé».
Un précédent : la rébellion muleliste
Quand on connaît la forte influence de l’Eglise sur les populations à l’Est de la République, on peut comprendre qu’à travers ces actes terroristes dirigés ces derniers temps contre elle, les auteurs cherchent effectivement à la faire taire par la peur, afin de poursuivre tranquillement leurs basses œuvres.
Dans les années 60, le même scénario s’était produit au Kwilu dont la rébellion muleliste avait fait son bastion. Plus que l’ex-Armée Nationale Congolaise qui d’ailleurs avait du mal à tenir tête aux «Mulele-Mayi», c’est l’Eglise qui constituait la principale force de résistance aux violences perpétrées par ces derniers. Aussi, pour l’obliger à se taire et à cesser d’inciter la population à condamner la violence, les mulelistes avaient-ils adopté comme stratégie de diriger leurs armes de destruction contre les religieux et les bâtiments de l’Eglise.
Ainsi neutralisée, celle-ci ne sut plus qu’assister impuissante, par la suite, aux massacres des populations dont se rendirent coupables les mulelistes.
C’est sans doute le même effet que recherchent ceux qui, à l’Est et spécialement au Sud-Kivu, ont décidé de s’en prendre à l’Eglise à travers ses représentants et ses biens. Espérant que, cette voix étouffée, il leur sera loisible de tuer, de violer, d’incendier les villages ciblés et de les vider de leurs habitants avant de s’y installer eux-mêmes pour mieux se livrer à l’exploitation de minerais.
Fort heureusement, contrairement à l’époque de la rébellion muleliste, il n’est pas certain que, nonobstant le début d’exécution de leur plan, les FDLR et autres groupes armés parviennent véritablement à atteindre le but visé, car en dehors de l’Eglise d’autres forces élèvent la voix et ne cesseront jamais d’élever la voix contre la violence endémique à l’Est du pays. A charge pour les responsables politiques et militaires de mettre le paquet pour que dans les meilleurs délais la paix rétablie au prix d’immenses sacrifices ne soit pas considérée comme une réalité ponctuelle mais comme une donnée permanente. Page 1-2
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